« Le Théorème de Marguerite » a ouvert le festival Arte Mare, le 29 septembre 2023 au théâtre de Bastia, avec la réalisatrice Anna Novion et l’acteur Jean-Pierre Darroussin. Le film, sorti en salles le 1er novembre 2023, aborde les mathématiques par le chemin de la passion, du doute et de la création.
À Bastia, cette rencontre a surtout permis de rappeler qu’un théorème peut devenir matière de cinéma sans être réduit à une leçon de sciences. Dans le parcours de Marguerite, jeune chercheuse confrontée à une erreur qui bouleverse sa thèse, le public retrouve une question plus large : que devient-on lorsque le travail auquel on a tout donné vacille ?
En bref
- Anna Novion a présenté à Arte Mare un film où les mathématiques deviennent un territoire de création et de risque.
- Jean-Pierre Darroussin y incarne un professeur, dans un récit porté par Ella Rumpf, interprète de Marguerite.
- Le long métrage a été montré en séance spéciale au Festival de Cannes 2023 et a reçu le Prix du public à Cabourg.
- Le film évite le documentaire scolaire : il raconte d’abord une quête intime, avec ses renoncements, ses erreurs et ses recommencements.
| Repère | Information |
|---|---|
| Film | Le Théorème de Marguerite, réalisé par Anna Novion |
| Présentation à Bastia | 29 septembre 2023, ouverture du festival Arte Mare |
| Interprètes | Ella Rumpf, Jean-Pierre Darroussin, Clotilde Courau, Julien Frison |
| Sujet | Une doctorante en mathématiques confrontée à l’effondrement de son projet de recherche |
| Accueil | Séance spéciale à Cannes 2023 et Prix du public au Festival de Cabourg |
Arte Mare : pourquoi « Le Théorème de Marguerite » a trouvé sa place à Bastia
Le choix d’ouvrir Arte Mare avec Le Théorème de Marguerite n’avait rien d’un simple geste de programmation. Le festival bastiais a souvent donné de la place à des films qui demandent un peu d’attention tout en restant accessibles. Le long métrage d’Anna Novion entre dans cette famille : il prend pour décor un milieu universitaire très codifié, celui de la recherche en mathématiques, mais il ne réclame aucun bagage scientifique au spectateur.
À l’écran, Marguerite est une étudiante brillante de l’École normale supérieure. Son chemin paraît tracé. Elle doit présenter un travail de thèse consacré à la conjecture de Goldbach, problème fameux de la théorie des nombres. Une erreur survient pourtant au moment où elle croit toucher au but. Cette faille ne détruit pas seulement une démonstration : elle bouscule son rapport aux autres, à son directeur de recherche, à sa famille et à elle-même.
Le film s’écarte ainsi de l’image du génie enfermé derrière un tableau noir. Il montre une jeune femme qui travaille, s’obstine, se trompe et doit accepter de quitter un cadre où elle excellait. Cette matière humaine a sans doute compté dans l’accueil réservé au film à Bastia. Derrière les signes, les équations et les pages de calcul, il y a le récit très lisible d’une chute puis d’un déplacement.
À Arte Mare, Jean-Pierre Darroussin se trouvait dans une situation particulière. Il était à l’affiche du film d’ouverture d’Anna Novion, mais également du film de clôture, « Et la fête continue ! » de Robert Guédiguian. L’acteur a expliqué cette double présence par le calendrier de tournages menés presque au même moment. Elle donnait surtout au festival un fil entre deux cinémas d’auteur français qui refusent les recettes trop bien huilées.
Le comédien défend une idée simple : le cinéma gagne à conduire le public vers des territoires qu’il ne connaît pas encore. Les sciences, et plus précisément les mathématiques, peuvent intimider. La difficulté ne vient pas forcément du sujet lui-même ; elle tient souvent aux souvenirs d’école, aux exercices ratés, aux classements et à cette impression qu’il faudrait comprendre immédiatement. Anna Novion prend le problème autrement. Elle ne filme pas les mathématiques comme une épreuve réservée à quelques initiés, mais comme une activité de création.
Dans ce sens, le passage par Bastia avait du poids. Un festival ne sert pas uniquement à mettre un film en vitrine. Il offre un premier terrain de discussion, où l’œuvre se mesure à des regards variés. Certains connaissent les sciences, d’autres viennent avant tout pour le cinéma, d’autres encore suivent Jean-Pierre Darroussin depuis ses rôles chez Guédiguian ou dans de nombreux films populaires. Le film rassemble ces attentes sans chercher à les uniformiser.
Le cadre du théâtre de Bastia ajoutait aussi une dimension de rencontre directe. Les échanges avec les artistes permettent de comprendre comment un sujet à première vue abstrait est devenu un récit incarné. Ce n’est pas un documentaire sur l’histoire des théorèmes, ni une reconstitution universitaire. C’est un film de personnage, avec ses silences, ses colères et ses bifurcations.
Cette ouverture d’Arte Mare rappelle qu’un festival peut faire davantage que lancer une saison culturelle : il peut remettre un sujet réputé difficile à portée de regard. La vraie équation du film n’est pas seulement celle de Goldbach ; elle tient à la manière de faire entrer la recherche dans une histoire vécue.

Anna Novion et l’art des mathématiques : filmer la création plutôt que la peur
Anna Novion est arrivée aux mathématiques sans prétendre les maîtriser. Cette position est importante, car elle rejoint celle d’une grande part du public. La réalisatrice française d’origine suédoise avait d’abord des idées reçues sur ce domaine : une discipline austère, lointaine, réservée à des esprits capables de manipuler des abstractions inaccessibles. La préparation du film a déplacé ce regard.
La rencontre avec la mathématicienne Ariane Mézard a joué un rôle déterminant. En discutant avec elle, Anna Novion a découvert les gestes derrière les résultats : des années de travail, des pistes abandonnées, l’intuition qui précède parfois la preuve, et ce risque permanent de ne pas parvenir au bout. Le chercheur ne possède pas d’avance la réponse au problème qu’il examine. Il avance avec des hypothèses, des outils, des impasses et une part de foi dans le travail accompli.
Ce point rapproche les mathématiques de l’art. Un réalisateur peut passer plusieurs années à écrire un scénario sans certitude de trouver les financements nécessaires. Un auteur peut reprendre vingt fois une scène avant de comprendre ce qui lui manque. Un mathématicien peut consacrer son énergie à un théorème sans savoir si la démonstration existera dans la forme espérée. Dans les deux cas, la méthode compte, mais elle ne suffit pas toujours à protéger du doute.
Le film ne prétend pas expliquer toute la conjecture de Goldbach. Ce n’est pas son métier. Il rend plutôt sensible l’intensité qu’elle représente pour Marguerite. Énoncée au XVIIIe siècle, cette conjecture affirme que tout entier pair supérieur à deux peut s’écrire comme la somme de deux nombres premiers. Elle a été vérifiée par ordinateur pour des ensembles très vastes de nombres, mais une démonstration générale reste un problème ouvert. Ce contexte donne au projet de thèse du personnage une ampleur considérable.
Pour la réalisatrice, le défi consistait à rendre visible ce qui se passe souvent dans la tête. Comment filmer une intuition ? Comment montrer le moment où une idée se dérobe ? Anna Novion répond par des sensations, des rythmes, des motifs visuels et une attention aux corps. Les équations ne sont pas là pour décorer le cadre. Elles prennent place dans l’univers de Marguerite, comme un langage qui déborde peu à peu sur sa vie quotidienne.
Cette approche a une vertu nette : elle ne prend jamais le public de haut. Le spectateur n’a pas besoin de résoudre lui-même le problème pour comprendre la souffrance de Marguerite quand son raisonnement s’effondre. Il saisit son isolement, sa honte, sa colère et le vide qui suit. C’est là que le cinéma fait son travail : il transforme une situation technique en expérience partagée.
Le propos est également utile parce qu’il combat une vieille habitude française : ranger trop tôt les disciplines en deux camps, d’un côté la raison froide, de l’autre la sensibilité artistique. La recherche ne se réduit pas à l’application mécanique de règles. Elle réclame de l’imagination, de la mémoire, de la rigueur et une capacité à regarder autrement. À l’inverse, la création artistique ne relève pas seulement de l’inspiration : elle exige du temps, de la construction et des choix précis.
Anna Novion aurait pu raconter une vocation de botaniste, d’architecte ou de musicienne. Elle l’a elle-même souligné : ce qui l’intéresse est moins la spécialité que l’élan d’une personne qui veut atteindre quelque chose d’immense. Les mathématiques donnent au film son vocabulaire propre, mais le cœur du récit demeure cette lutte entre l’ambition et la fragilité.
À Bastia, ce regard renouvelé avait une portée claire : il invitait à laisser tomber l’étiquette de discipline repoussoir. Une formule peut sembler fermée au premier regard ; elle peut aussi devenir, au cinéma, la porte d’entrée vers une aventure intérieure.
Jean-Pierre Darroussin dans « Le Théorème de Marguerite » : la curiosité comme méthode de cinéma
Jean-Pierre Darroussin n’aborde pas le film comme un spécialiste des sciences, mais comme un acteur attentif aux univers qu’il ne connaît pas encore. Sa curiosité, souvent visible dans ses choix de rôles, trouve ici un terrain juste. Le personnage qu’il incarne appartient au monde académique et porte avec lui une autorité, une exigence, parfois une distance. Face à Marguerite, il devient l’un des rouages d’un système où l’excellence peut autant soutenir qu’écraser.
L’acteur a formulé son intérêt pour les mathématiques à partir d’une observation concrète : les humains ont inventé le langage pour s’exprimer et les nombres pour mesurer. Cette idée peut paraître élémentaire, mais elle ouvre un horizon large. Mesurer la distance entre la Terre et la Lune, prévoir un trajet, bâtir un pont, modéliser un phénomène naturel : les sciences donnent des instruments pour décrire le réel. Elles n’annulent pas le mystère ; elles permettent de l’approcher avec méthode.
Dans le film, le rapport à la connaissance n’est jamais seulement scolaire. Il est aussi une affaire de pouvoir. Qui a le droit de parler dans une salle remplie de chercheurs ? Qui peut se tromper sans être disqualifié ? Qui est autorisé à être ambitieux ? Marguerite est la seule femme de sa promotion, et cette situation nourrit son sentiment d’être observée, jugée, tenue à une perfection que ses camarades ne subissent pas toujours avec la même force.
Le récit n’en fait pas un manifeste simplifié. Il préfère montrer les détails : le regard des autres, les attentes d’un encadrant, la pression d’une présentation publique, l’impression de ne plus avoir de place lorsque le résultat annoncé se révèle fragile. Jean-Pierre Darroussin apporte à ce contexte une présence qui ne cherche pas l’effet. Son jeu laisse apparaître la complexité d’un professeur pris entre la transmission, l’évaluation et ses propres limites.
La carrière de Darroussin l’a souvent conduit vers des cinéastes qui placent les personnages avant les mécanismes du spectacle. Chez Robert Guédiguian, notamment, il a traversé des histoires collectives où les êtres sont liés par le travail, la famille, les désillusions et la solidarité. Avec Anna Novion, il retrouve une autre forme de groupe : celui des chercheurs, des étudiants et des enseignants. Les codes changent, mais la matière reste humaine.
À Arte Mare, l’acteur a insisté sur le fait que les films d’Anna Novion et de Robert Guédiguian ne relèvent pas d’un cinéma conçu comme un produit interchangeable. La formule mérite d’être entendue sans mépris pour le public. Il ne s’agit pas de réserver l’exigence à une minorité. Au contraire, il s’agit de faire confiance aux spectateurs, de leur proposer des mondes inhabituels et de leur donner les moyens d’y entrer.
Cette confiance explique la place de l’humour et de la légèreté dans Le Théorème de Marguerite. Même au cœur de la crise, le film laisse circuler des moments de respiration. Marguerite découvre des gestes ordinaires, des relations moins programmées, un autre rapport au temps. La vie hors de l’université ne résout pas magiquement son problème ; elle lui apprend toutefois que la valeur d’une personne ne se réduit pas à une démonstration réussie.
Le rôle de Jean-Pierre Darroussin prend alors une dimension moins attendue. Son personnage n’est pas seulement celui qui représente l’institution. Il renvoie Marguerite à la difficulté d’apprendre, de transmettre et d’accepter la part d’incontrôlable qui traverse toute recherche. Un bon professeur ne donne pas nécessairement les réponses : il sait aussi reconnaître la zone de risque où l’élève devra avancer seule.
Le film fait ainsi de la curiosité une méthode de jeu et de mise en scène. Il ne demande pas au public d’aimer spontanément les mathématiques ; il lui propose d’écouter ce qu’elles révèlent des êtres qui leur consacrent leur vie.
Ella Rumpf, Marguerite et la préparation des scènes de sciences au cinéma
Le personnage de Marguerite repose largement sur la précision d’Ella Rumpf. Le défi était considérable : jouer une doctorante de très haut niveau sans transformer chaque scène scientifique en numéro de démonstration. L’actrice devait donner à croire qu’elle pense avec les signes, qu’elle repère des structures, qu’elle vit avec un problème en tête. Cette crédibilité n’est pas née d’un simple apprentissage de gestes.
Anna Novion a travaillé quatre mois avec elle avant et pendant la préparation du film. Ce temps est rare dans un calendrier de production souvent serré. Il a permis de construire le personnage par étapes, loin de l’idée qu’il suffirait de porter des vêtements sobres, de prendre un air concentré et d’écrire quelques formules sur un tableau. Marguerite devait avoir une manière propre de se tenir, de répondre, de se protéger, puis de se laisser déborder.
Ella Rumpf a également rencontré régulièrement Ariane Mézard. Une fois par semaine, elles travaillaient l’écriture mathématique et les gestes qui l’accompagnent. À la fin de cette préparation, l’actrice pouvait tracer les équations avec naturel. Ce détail compte au cinéma. Lorsqu’un interprète semble hésiter devant l’objet de son personnage, le spectateur le perçoit vite. Ici, l’écriture devient une extension du rôle, au même titre qu’une démarche ou qu’un silence.
Le film évite d’ailleurs de faire de Marguerite une figure figée de prodige. Elle possède des capacités singulières, une concentration hors du commun et une ambition immense. Mais elle n’est pas invulnérable. Sa maîtrise des sciences ne lui donne pas automatiquement les mots pour parler aux autres, ni les outils pour encaisser l’échec. C’est cette contradiction qui rend le personnage attachant : elle excelle dans un domaine précis tout en restant démunie dans des situations banales.
La comparaison avec une super-héroïne, évoquée lors des premières rencontres avec le public, doit être prise avec nuance. Marguerite ne sauve pas le monde et n’acquiert pas de pouvoir surnaturel. Elle a plutôt cette intensité des personnages qui poursuivent une mission au point d’oublier le reste. Le film observe alors ce qui se produit quand la mission devient impossible, ou du moins quand la voie prévue disparaît.
Cette trajectoire donne une place importante au corps. Les mathématiques sont souvent associées à une activité immobile, solitaire, presque sans matière. Anna Novion filme au contraire les déplacements de Marguerite, son énergie nerveuse, ses moments de fermeture et ses échappées. L’intelligence n’est pas séparée du reste de l’existence. Elle est portée par un corps fatigué, inquiet, heureux par instants, et parfois incapable de suivre le plan qu’il s’était imposé.
Le choix d’Ella Rumpf s’est imposé rapidement à la réalisatrice, qui ne lui a pas fait passer d’essai. Elle a reconnu chez la comédienne un engagement et une forme d’obstination compatibles avec le rôle. Pourtant, l’actrice ne ressemble pas immédiatement à Marguerite. C’est précisément ce décalage qui a nourri le travail. Un personnage ne se résume pas à une ressemblance extérieure ; il pousse au fil des échanges, des répétitions et des situations.
Pour le public, cette préparation a une conséquence simple : il peut entrer dans le monde du film sans avoir l’impression d’assister à une conférence déguisée. Les signes mathématiques restent présents, mais ils ne remplacent jamais le jeu. Ils deviennent le langage intime d’une jeune femme qui cherche une place, un résultat et peut-être une autre manière d’habiter le monde.
La réussite d’Ella Rumpf tient donc à cet équilibre : faire sentir l’exceptionnel sans effacer l’ordinaire. Marguerite est brillante, mais elle demeure un être humain confronté à ce que chacun redoute un jour : découvrir que le chemin que l’on croyait certain demande d’être entièrement repris.
Le Théorème de Marguerite : un film accessible au public qui redoute les mathématiques
Les premiers retours reçus par Anna Novion allaient souvent dans le même sens. Des spectateurs étaient entrés dans la salle avec une réserve nette, parfois avec de mauvais souvenirs de lycée, parfois en pensant que les mathématiques rendraient le film sec ou inaccessible. Ils en ressortaient surpris d’avoir suivi Marguerite sans se sentir exclus. Ce constat éclaire la nature exacte de l’œuvre.
Le Théorème de Marguerite n’est pas un documentaire pédagogique, même s’il a bénéficié d’un travail sérieux avec une mathématicienne. Il ne cherche pas à convertir le spectateur à une discipline. Sa force est de montrer ce qu’une passion peut faire à une vie. Cette passion est parfois lumineuse, parce qu’elle donne une direction. Elle devient aussi dangereuse lorsqu’elle ne tolère ni l’échec ni la moindre déviation.
Le parcours du personnage apporte plusieurs clés de lecture :
- L’excellence n’empêche pas la vulnérabilité : une étudiante brillante peut être déstabilisée par une erreur et perdre soudain ses repères.
- La recherche avance par essais : une impasse ne signifie pas que le travail n’a aucune valeur ; elle peut ouvrir une autre piste.
- Les sciences ont une dimension sensible : la joie de comprendre, l’angoisse de ne pas trouver et la beauté d’une forme font partie du chemin.
- Le cinéma peut traduire l’abstrait : par le montage, le son, les gestes et la présence d’un personnage, il rend partageable ce qui semble d’abord invisible.
La reconnaissance du film dans les festivals a confirmé cette capacité à franchir les frontières de public. Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2023, il a ensuite circulé dans plusieurs rendez-vous français. Le Prix du public du Festival de Cabourg n’est pas un détail dans ce parcours : il signale que le film a trouvé une réception directe auprès de spectateurs qui ne venaient pas nécessairement chercher une œuvre sur les sciences.
Des mathématiciens ont également salué la proposition. Le nom de Cédric Villani a été cité parmi les chercheurs sensibles à cette autre représentation de leur milieu. Là encore, l’intérêt n’est pas de valider le film comme un cours exact à chaque plan. Il est de constater qu’Anna Novion a évité deux caricatures : celle du savant déconnecté du monde et celle du calcul réduit à une performance froide.
Le long métrage arrive à un moment où les écrans sont saturés de récits fondés sur la vitesse, la compétition et la résolution immédiate. Marguerite suit une pente différente. Elle ne maîtrise pas son histoire à chaque instant. Elle doit lâcher une image d’elle-même, traverser une période de désordre et reprendre contact avec des réalités très concrètes. Cette lenteur relative donne au film une vraie respiration.
À Bastia, la présentation à Arte Mare a permis de mettre en lumière cette ambition : proposer un cinéma exigeant sans dresser de barrière. L’exigence se trouve dans le soin apporté au sujet, à la construction du personnage et à la préparation des scènes. L’accessibilité vient de la clarté des émotions. Nul besoin de connaître les nombres premiers pour comprendre le poids d’un silence après une humiliation publique.
Le titre lui-même mérite qu’on s’y arrête. Un théorème est une proposition démontrée à partir de règles et d’arguments. Marguerite, elle, échappe à toute démonstration définitive. Elle change, résiste, se contredit. C’est sans doute la plus belle tension du film : il emprunte à la rigueur des mathématiques pour raconter ce qui, dans une existence, ne se calcule jamais tout à fait.
Pour aborder le film, gardez ce repère : ne cherchez pas à résoudre la conjecture de Goldbach depuis votre fauteuil. Suivez plutôt une jeune femme qui apprend que l’échec d’une preuve ne met pas fin à la recherche d’une vie.
De quoi parle « Le Théorème de Marguerite » ?
Le film suit Marguerite, une doctorante en mathématiques qui voit sa thèse s’effondrer après la découverte d’une erreur. Son parcours devient alors une quête personnelle autant qu’intellectuelle.
Qui a réalisé « Le Théorème de Marguerite » ?
Le film est réalisé et coécrit par Anna Novion, cinéaste française d’origine suédoise.
Quel rôle joue Jean-Pierre Darroussin dans le film ?
Jean-Pierre Darroussin interprète un professeur évoluant dans l’univers universitaire de Marguerite, où se jouent la transmission, l’exigence et la pression de la recherche.
Pourquoi Arte Mare a-t-il présenté le film à Bastia ?
« Le Théorème de Marguerite » a été projeté en avant-première le 29 septembre 2023 au théâtre de Bastia, en ouverture du festival Arte Mare, en présence d’Anna Novion et de Jean-Pierre Darroussin.
Faut-il connaître les mathématiques pour comprendre le film ?
Non. Le récit utilise les mathématiques comme cadre, mais il parle avant tout de passion, d’échec, de reconstruction et de désir de trouver sa place.