{"id":635,"date":"2026-09-21T11:32:58","date_gmt":"2026-09-21T11:32:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/"},"modified":"2026-09-21T11:32:58","modified_gmt":"2026-09-21T11:32:58","slug":"jean-pierre-susini-dynamite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/","title":{"rendered":": La nuit explosive o\u00f9 Jean-Pierre Susini a dynamit\u00e9 le Scarlino Secundo"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La nuit explosive o\u00f9 Jean-Pierre Susini a dynamit\u00e9 le Scarlino Secundo<\/strong> renvoie \u00e0 l\u2019un des \u00e9pisodes les plus marquants de la lutte contre les \u00ab fanghe rosse \u00bb, les boues rouges rejet\u00e9es en mer au large du Cap Corse au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. L\u2019action attribu\u00e9e et revendiqu\u00e9e, plusieurs d\u00e9cennies plus tard, par Jean-Pierre Susini vise alors un navire li\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 chimique italienne Montedison.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce <strong>\u00e9v\u00e9nement historique<\/strong> ne peut \u00eatre lu comme une simple histoire de bateau sabot\u00e9. Il s\u2019inscrit dans une p\u00e9riode de col\u00e8re populaire, de blocages et de d\u00e9fiance envers les autorit\u00e9s fran\u00e7aises et italiennes, accus\u00e9es de laisser perdurer une pollution maritime qui touchait directement les p\u00eacheurs, les rivages et l\u2019image m\u00eame de la Corse.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En bref<\/strong><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le <strong>Scarlino Secundo<\/strong> \u00e9tait associ\u00e9 au transport de rejets industriels de Montedison, appel\u00e9s \u00ab boues rouges \u00bb dans le d\u00e9bat public corse.<\/li><li>Jean-Pierre Susini a revendiqu\u00e9, un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s les faits, sa participation au <strong>dynamitage<\/strong> du navire, situ\u00e9 dans la baie de Follonica, en Toscane.<\/li><li>Les r\u00e9cits disponibles font appara\u00eetre une divergence sur la date exacte, \u00e9voquant le 13 ou le 15 septembre 1973 selon les sources et t\u00e9moignages.<\/li><li>L\u2019affaire est indissociable de la mobilisation contre les pollutions marines et de la mont\u00e9e de la <strong>violence politique<\/strong> en Corse.<\/li><li>Parler de cet attentat suppose de rappeler le contexte \u00e9cologique sans effacer la gravit\u00e9 du recours aux explosifs.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pas le temps de tout lire ? Voil\u00e0 ce qu\u2019il faut retenir<\/strong><\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Rep\u00e8re<\/th>\n<th>\u00c9l\u00e9ments \u00e9tablis dans les r\u00e9cits disponibles<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Lieu<\/td>\n<td>Port ou baie de Follonica, sur la c\u00f4te toscane italienne.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>P\u00e9riode<\/td>\n<td>Septembre 1973, au plus fort de la contestation des boues rouges.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acteur cit\u00e9<\/td>\n<td><strong>Jean-Pierre Susini<\/strong>, qui a revendiqu\u00e9 son r\u00f4le dans une prise de parole tardive.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cible<\/td>\n<td>Le <strong>Scarlino Secundo<\/strong>, navire associ\u00e9 au dispositif industriel de Montedison.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Enjeu<\/td>\n<td>Une mobilisation \u00e9cologiste et politique, devenue un symbole durable du militantisme corse.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_87 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 eztoc-toggle-hide-by-default' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/#Le_Scarlino_Secundo_et_les_boues_rouges_pourquoi_la_colere_corse_a_eclate\" >Le Scarlino Secundo et les boues rouges : pourquoi la col\u00e8re corse a \u00e9clat\u00e9<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/#La_nuit_explosive_de_septembre_1973_ce_que_les_recits_disent_du_dynamitage\" >La nuit explosive de septembre 1973 : ce que les r\u00e9cits disent du dynamitage<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/#Jean-Pierre_Susini_du_berger_de_Luri_au_temoin_dun_attentat_corse\" >Jean-Pierre Susini, du berger de Luri au t\u00e9moin d\u2019un attentat corse<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/#Attentat_terrorisme_et_violence_politique_les_mots_necessaires_pour_raconter_le_Scarlino_Secundo\" >Attentat, terrorisme et violence politique : les mots n\u00e9cessaires pour raconter le Scarlino Secundo<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/lagazettepietrolaise.fr\/blog\/charcuterie-fromages-corses\/jean-pierre-susini-dynamite\/#Le_souvenir_du_Scarlino_Secundo_dans_lhistoire_environnementale_de_la_Corse\" >Le souvenir du Scarlino Secundo dans l\u2019histoire environnementale de la Corse<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_Scarlino_Secundo_et_les_boues_rouges_pourquoi_la_colere_corse_a_eclate\"><\/span>Le Scarlino Secundo et les boues rouges : pourquoi la col\u00e8re corse a \u00e9clat\u00e9<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre la nuit explosive de septembre 1973, il faut revenir \u00e0 la mer. \u00c0 cette \u00e9poque, des habitants du Cap Corse d\u00e9couvrent, avec inqui\u00e9tude, les cons\u00e9quences des rejets issus de l\u2019activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 chimique italienne Montedison. Les d\u00e9chets concern\u00e9s, commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9s sous le nom de <strong>fanghe rosse<\/strong>, traversent le d\u00e9bat public avec une force rare : ils ne sont pas une abstraction administrative, mais une pr\u00e9sence visible et redout\u00e9e dans un espace dont vivent les p\u00eacheurs et auquel les villages c\u00f4tiers restent profond\u00e9ment attach\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le groupe Montedison exploitait en Toscane une usine li\u00e9e \u00e0 la production de dioxyde de titane. Les r\u00e9sidus industriels \u00e9taient charg\u00e9s sur des navires-citernes afin d\u2019\u00eatre rejet\u00e9s en mer. Dans les r\u00e9cits de l\u2019\u00e9poque, il est question de rotations nocturnes et de milliers de tonnes transport\u00e9es. Ces chiffres doivent \u00eatre replac\u00e9s dans les controverses document\u00e9es de ces ann\u00e9es-l\u00e0 : ils expriment d\u2019abord l\u2019ampleur ressentie par les populations concern\u00e9es, face \u00e0 une activit\u00e9 industrielle qui semblait \u00e9loign\u00e9e des centres de d\u00e9cision, mais proche des c\u00f4tes corses.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La protestation ne na\u00eet donc pas d\u2019un seul mouvement clandestin. Elle rassemble des \u00e9lus, des p\u00eacheurs, des militants, des familles et des habitants sans appartenance politique pr\u00e9cise. Les ports insulaires connaissent des blocages. La formule <strong>Isula Morta<\/strong>, litt\u00e9ralement \u00ab \u00eele morte \u00bb, devient le nom d\u2019une mobilisation qui cherche \u00e0 paralyser symboliquement le quotidien pour rendre visible ce que les autorit\u00e9s ne veulent plus ignorer.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les villages du littoral, le sujet se raconte alors avec des mots simples : une mer qui nourrit ne doit pas devenir la poubelle d\u2019une industrie situ\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du canal de Corse. Cette logique explique la profondeur du mouvement. Il ne s\u2019agit pas seulement de d\u00e9fendre un paysage ou une activit\u00e9 \u00e9conomique. Il s\u2019agit de d\u00e9fendre un droit \u00e9l\u00e9mentaire \u00e0 ne pas subir, depuis la rive corse, les d\u00e9cisions prises ailleurs.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9action officielle nourrit la col\u00e8re. Les gouvernements fran\u00e7ais et italiens sont per\u00e7us comme lents, prudents, parfois silencieux. Or le silence administratif, lorsqu\u2019il se heurte \u00e0 une inqui\u00e9tude collective, laisse souvent la place aux gestes de rupture. La manifestation qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re devant la pr\u00e9fecture de Bastia, les tensions dans les ports et l\u2019\u00e9cho donn\u00e9 par la presse transforment le dossier des boues rouges en affaire politique majeure.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Scarlino Secundo devient alors plus qu\u2019un navire. Dans l\u2019imaginaire militant, il repr\u00e9sente une cha\u00eene industrielle : l\u2019usine, les d\u00e9cisions \u00e9conomiques, les administrations, le transport maritime et le rejet en mer. Viser ce b\u00e2timent revient \u00e0 frapper un symbole concret, identifiable, l\u00e0 o\u00f9 les p\u00e9titions et les communiqu\u00e9s paraissent ne produire aucun effet.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient toutefois de distinguer deux r\u00e9alit\u00e9s. La lutte contre les pollutions marines appartient \u00e0 l\u2019histoire des mobilisations \u00e9cologiques corses. Le recours \u00e0 un attentat, lui, rel\u00e8ve d\u2019une autre histoire : celle du passage \u00e0 une action clandestine et \u00e0 la <strong>violence politique<\/strong>. Les deux dimensions se croisent en 1973, mais elles ne se confondent pas. La d\u00e9fense de la mer explique la mobilisation ; elle ne rend pas anodin l\u2019usage d\u2019explosifs.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette affaire garde sa force en 2026 parce qu\u2019elle pose une question toujours actuelle : que se passe-t-il lorsqu\u2019une population estime que les voies ordinaires de recours ne r\u00e9pondent plus \u00e0 une menace jug\u00e9e imm\u00e9diate ? \u00c0 Follonica comme sur les rivages du Cap Corse, le Scarlino Secundo a cristallis\u00e9 cette fracture entre industrie, institutions et territoire.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_nuit_explosive_de_septembre_1973_ce_que_les_recits_disent_du_dynamitage\"><\/span>La nuit explosive de septembre 1973 : ce que les r\u00e9cits disent du dynamitage<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sources disponibles situent l\u2019op\u00e9ration dans la baie ou le port de Follonica, en Toscane, au cours de la nuit de septembre 1973. Certaines publications mentionnent le <strong>13 septembre<\/strong>, tandis que le t\u00e9moignage tardif de Jean-Pierre Susini \u00e9voque le <strong>15 septembre 1973<\/strong>. Cette diff\u00e9rence ne doit pas \u00eatre escamot\u00e9e : dans l\u2019\u00e9tude d\u2019un fait clandestin, la chronologie m\u00e9rite d\u2019\u00eatre confront\u00e9e aux archives de presse, aux dossiers judiciaires lorsqu\u2019ils sont accessibles et aux r\u00e9cits des participants.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un point demeure central : le Scarlino Secundo \u00e9tait immobilis\u00e9 lorsqu\u2019il fut vis\u00e9. Jean-Pierre Susini, install\u00e9 des ann\u00e9es plus tard dans la plaine de Luri, a racont\u00e9 avoir particip\u00e9 \u00e0 l\u2019action avec un petit groupe. Il a \u00e9galement affirm\u00e9 que le dispositif avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 et essay\u00e9 auparavant sur la plage de Santa Severa, dans le Cap Corse, avant une travers\u00e9e discr\u00e8te vers la Toscane.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9tails techniques ne doivent pas devenir mati\u00e8re \u00e0 fascination. Les <strong>explosifs<\/strong> appartiennent ici au registre d\u2019une infraction grave, non \u00e0 celui de l\u2019aventure. Ce qui int\u00e9resse l\u2019historien est ailleurs : dans la d\u00e9cision de quelques hommes de franchir une fronti\u00e8re maritime pour toucher une cible industrielle italienne, avec l\u2019id\u00e9e de faire cesser ou de d\u00e9noncer un syst\u00e8me de rejet contest\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son r\u00e9cit, Susini explique ne pas chercher de reconnaissance personnelle. Il entend plut\u00f4t r\u00e9tablir, selon ses propres mots, l\u2019attribution d\u2019une action que d\u2019autres auraient ensuite revendiqu\u00e9e sans y avoir pris part. Cette parole, recueillie plus de cinquante ans apr\u00e8s les faits, a une valeur de t\u00e9moignage. Elle ne dispense pas d\u2019un travail de v\u00e9rification, mais elle apporte une pi\u00e8ce importante \u00e0 un dossier longtemps entour\u00e9 de silence.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix du mot \u00ab dynamit\u00e9 \u00bb dans les r\u00e9cits populaires r\u00e9sume bien la charge de l\u2019\u00e9pisode. Il traduit la violence de l\u2019acte, tout en donnant parfois l\u2019impression d\u2019une destruction totale. Or les documents disponibles parlent surtout d\u2019un plasticage ou d\u2019un sabotage. La nuance est utile : elle oblige \u00e0 ne pas ajouter, par go\u00fbt du spectaculaire, des cons\u00e9quences qui ne seraient pas \u00e9tablies.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une action clandestine pens\u00e9e comme un message<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi frapper un navire plut\u00f4t qu\u2019un bureau, une usine ou une administration ? Parce qu\u2019un bateau est mobile, visible et directement reli\u00e9 au rejet contest\u00e9. Le Scarlino Secundo offrait une cible dont le sens pouvait \u00eatre compris imm\u00e9diatement par les habitants mobilis\u00e9s : il incarnait mat\u00e9riellement le transport des boues rouges.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le message se voulait aussi transfrontalier. La Corse protestait contre une activit\u00e9 italienne ayant des r\u00e9percussions en M\u00e9diterran\u00e9e. L\u2019op\u00e9ration rompait avec une lecture strictement locale du probl\u00e8me. Elle signifiait que la mer n\u2019est pas d\u00e9coup\u00e9e selon les fronti\u00e8res administratives, et que les effets d\u2019une industrie peuvent atteindre des communaut\u00e9s qui ne b\u00e9n\u00e9ficient ni des emplois ni des d\u00e9cisions qui l\u2019accompagnent.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette nuit explosive marque ainsi une \u00e9tape dans la m\u00e9moire militante insulaire. Le geste sort du cadre de la protestation publique et entre dans celui de l\u2019action clandestine. Il annonce, pour certains observateurs, une p\u00e9riode o\u00f9 les revendications \u00e9cologiques, territoriales et nationalitaires vont parfois se croiser, sans jamais \u00eatre identiques.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La le\u00e7on historique tient dans cette bascule : lorsque le dialogue est per\u00e7u comme ferm\u00e9, le symbole industriel devient une cible. Comprendre ce m\u00e9canisme n\u2019est pas le justifier ; c\u2019est mesurer comment une crise environnementale peut se transformer en crise politique.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Dans cette immensit\u00e9\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/hndVTw51ZY0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Jean-Pierre_Susini_du_berger_de_Luri_au_temoin_dun_attentat_corse\"><\/span>Jean-Pierre Susini, du berger de Luri au t\u00e9moin d\u2019un attentat corse<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nom de <strong>Jean-Pierre Susini<\/strong> est li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des d\u00e9buts du nationalisme corse organis\u00e9 et \u00e0 la fondation du Front de lib\u00e9ration nationale corse, le FLNC. Lorsqu\u2019il revient publiquement sur le Scarlino Secundo, plus d\u2019un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s les faits, son r\u00e9cit attire l\u2019attention parce qu\u2019il \u00e9mane d\u2019un homme longtemps associ\u00e9 \u00e0 la clandestinit\u00e9, d\u00e9sormais dispos\u00e9 \u00e0 parler de cette s\u00e9quence pr\u00e9cise.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9cor choisi par les r\u00e9cits de presse est loin des images de conspiration urbaine. Dans la plaine de Luri, au Cap Corse, une maison sobre, un chemin de terre et un troupeau de vaches rappellent l\u2019ancrage rural de l\u2019homme. Cette image ne doit pas romantiser le pass\u00e9. Elle montre plut\u00f4t le contraste entre une vie de berger et un itin\u00e9raire politique marqu\u00e9, dans sa jeunesse, par des op\u00e9rations clandestines.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 75 ans, lorsqu\u2019il livre son t\u00e9moignage en 2024, Susini insiste sur le contexte. Il ne pr\u00e9sente pas le sabotage comme un acte isol\u00e9, tomb\u00e9 du ciel, mais comme la r\u00e9ponse d\u2019un petit groupe \u00e0 une mobilisation qui embrasait d\u00e9j\u00e0 une grande partie de l\u2019\u00eele. C\u2019est un point important : l\u2019action clandestine a pu \u00eatre men\u00e9e par quelques personnes, mais elle cherchait \u00e0 s\u2019inscrire dans une indignation bien plus large.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son intervention soul\u00e8ve aussi une question d\u00e9licate : qui poss\u00e8de la m\u00e9moire d\u2019une action secr\u00e8te ? Dans les mouvements clandestins, les r\u00e9cits se transmettent, se d\u00e9forment, deviennent parfois des arguments de l\u00e9gitimit\u00e9. Plusieurs d\u00e9cennies plus tard, la parole de celui qui revendique doit \u00eatre entendue, mais replac\u00e9e au milieu d\u2019autres mat\u00e9riaux : articles contemporains, d\u00e9clarations publiques, archives judiciaires, t\u00e9moignages de marins ou de p\u00eacheurs.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette prudence est n\u00e9cessaire pour \u00e9viter deux pi\u00e8ges. Le premier serait de r\u00e9duire Jean-Pierre Susini \u00e0 une silhouette de l\u00e9gende, en oubliant les cons\u00e9quences humaines et judiciaires de la lutte arm\u00e9e. Le second serait d\u2019effacer sa parole au motif qu\u2019elle est tardive. Une m\u00e9moire historique s\u00e9rieuse ne fait ni l\u2019un ni l\u2019autre : elle \u00e9coute, compare et pr\u00e9cise ce qui rel\u00e8ve du document, du t\u00e9moignage ou de l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Du combat \u00e9cologique au r\u00e9cit nationalitaire<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le combat contre les boues rouges a offert un terrain de rencontre entre des sensibilit\u00e9s diverses. Beaucoup de personnes mobilis\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas engag\u00e9es dans la clandestinit\u00e9. Elles d\u00e9fendaient leur mer, leur activit\u00e9 ou leurs villages. Pourtant, l\u2019affaire a aussi servi de matrice \u00e0 une lecture plus politique : celle d\u2019une Corse abandonn\u00e9e face \u00e0 des int\u00e9r\u00eats ext\u00e9rieurs et incapable de se faire entendre dans les cadres institutionnels.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parcours de Susini illustre cette jonction. Son r\u00e9cit relie une cible industrielle \u00e0 une id\u00e9e de d\u00e9fense collective. Il ne faudrait cependant pas faire du Scarlino Secundo l\u2019origine unique du nationalisme corse contemporain. Les revendications fonci\u00e8res, culturelles, \u00e9conomiques et linguistiques existaient d\u00e9j\u00e0. L\u2019\u00e9pisode des boues rouges agit plut\u00f4t comme un r\u00e9v\u00e9lateur : la pollution rend visible, sur l\u2019eau, un sentiment plus ancien de d\u00e9possession.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les m\u00e9moires locales, les \u00ab vieux p\u00eacheurs \u00bb \u00e9voquent encore les fanghe rosse. Cette persistance du <strong>souvenir<\/strong> est r\u00e9v\u00e9latrice. Le temps efface les d\u00e9tails, mais il conserve les images fortes : la couleur inqui\u00e9tante des rejets, les r\u00e9unions, les ports ralentis, la col\u00e8re contre les gouvernements et, finalement, l\u2019attaque du navire italien.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un t\u00e9moin tardif ne referme pas le dossier ; il le rouvre. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui donne \u00e0 la parole de Jean-Pierre Susini son int\u00e9r\u00eat historique : elle oblige \u00e0 regarder de nouveau un \u00e9pisode o\u00f9 l\u2019environnement, le militantisme et la clandestinit\u00e9 se sont rencontr\u00e9s dans des circonstances exceptionnelles.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Attentat_terrorisme_et_violence_politique_les_mots_necessaires_pour_raconter_le_Scarlino_Secundo\"><\/span>Attentat, terrorisme et violence politique : les mots n\u00e9cessaires pour raconter le Scarlino Secundo<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mots employ\u00e9s pour raconter le Scarlino Secundo ne sont jamais neutres. \u00ab Plasticage \u00bb, \u00ab sabotage \u00bb, \u00ab attentat \u00bb, \u00ab action militante \u00bb ou \u00ab coup de force \u00bb ne produisent pas la m\u00eame lecture. Pourtant, il serait trompeur de contourner les termes les plus exigeants. Une op\u00e9ration pr\u00e9par\u00e9e clandestinement contre un navire, au moyen d\u2019explosifs, rel\u00e8ve bien d\u2019un <strong>attentat<\/strong> au sens courant et judiciaire du mot.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot <strong>terrorisme<\/strong> demande, lui, davantage de pr\u00e9cision. Il d\u00e9signe g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019usage de la violence ou de la menace \u00e0 des fins politiques, souvent pour produire un effet de peur d\u00e9passant la cible imm\u00e9diate. Dans l\u2019histoire corse, ce terme a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 dans des contextes nombreux, parfois par les autorit\u00e9s, parfois par les m\u00e9dias, parfois contest\u00e9 par les militants eux-m\u00eames. Le Scarlino Secundo appartient \u00e0 cette zone de d\u00e9bat, car son objectif semble avoir \u00e9t\u00e9 de frapper un symbole industriel plut\u00f4t que de viser directement des civils.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction ne doit pas servir \u00e0 diminuer la port\u00e9e de l\u2019acte. Une charge explosive plac\u00e9e sur un navire expose des personnes, des biens et un espace portuaire \u00e0 des dangers consid\u00e9rables. Les r\u00e9cits disponibles insistent sur le caract\u00e8re immobilis\u00e9 du bateau, mais cela n\u2019efface pas les risques pris. Raconter l\u2019histoire avec rigueur, c\u2019est tenir ensemble la cause invoqu\u00e9e et la gravit\u00e9 du moyen choisi.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La presse de l\u2019\u00e9poque a souvent cherch\u00e9 un responsable imm\u00e9diat, un \u00ab commando corse \u00bb, une filiation politique. Cette recherche \u00e9tait logique dans le climat des ann\u00e9es 1970, marqu\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e et en Europe par une multiplication des groupes clandestins. Mais l\u2019affaire des boues rouges ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une \u00e9tiquette. Elle prend place dans une mobilisation sociale r\u00e9elle, dont le sabotage n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019une expression radicale.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vocabulaire de la <strong>violence politique<\/strong> permet d\u2019\u00e9viter les simplifications. Il d\u00e9crit un passage \u00e0 l\u2019acte motiv\u00e9 par une repr\u00e9sentation politique du conflit : ici, la d\u00e9fense de la mer corse face \u00e0 une industrie \u00e9trang\u00e8re et \u00e0 l\u2019inaction suppos\u00e9e des \u00c9tats. Il ne transforme pas l\u2019acte en geste acceptable. Il aide \u00e0 comprendre pourquoi il a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 par ses auteurs.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>Mobilisation \u00e9cologique :<\/strong> elle concerne le rejet industriel en mer et l\u2019inqui\u00e9tude des populations littorales.<\/li><li><strong>Conflit politique :<\/strong> il exprime une d\u00e9fiance envers les autorit\u00e9s jug\u00e9es incapables de prot\u00e9ger le territoire.<\/li><li><strong>Action clandestine :<\/strong> elle d\u00e9signe la pr\u00e9paration dissimul\u00e9e et l\u2019emploi d\u2019explosifs contre le navire.<\/li><li><strong>M\u00e9moire militante :<\/strong> elle explique que l\u2019\u00e9pisode reste disput\u00e9, revendiqu\u00e9 et comment\u00e9 plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette grille de lecture \u00e9vite de transformer l\u2019histoire en r\u00e9cit h\u00e9ro\u00efque. Il n\u2019y a pas lieu de c\u00e9l\u00e9brer les m\u00e9thodes clandestines. En revanche, il faut regarder ce qu\u2019elles disent d\u2019une \u00e9poque : l\u2019impression d\u2019\u00eatre ignor\u00e9, la mont\u00e9e des tensions et l\u2019id\u00e9e, chez certains militants, que seule une action spectaculaire pouvait contraindre les d\u00e9cideurs \u00e0 regarder la Corse.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives, les t\u00e9moignages et les d\u00e9bats publics ont donc une responsabilit\u00e9 commune : restituer les faits sans les \u00e9dulcorer, mais sans les convertir en l\u00e9gende guerri\u00e8re. Le Scarlino Secundo reste un symbole puissant parce qu\u2019il associe une cause environnementale concr\u00e8te \u00e0 une forme de rupture politique dont les cons\u00e9quences d\u00e9passent largement une seule nuit.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Didon, RISM A\/I: P 2102, INP 24, Act II: &quot;Aux armes! les Maures s&amp;apos;avancent&quot; (Ch\u0153ur, Didon,...\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vrX1kSlSX6I?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_souvenir_du_Scarlino_Secundo_dans_lhistoire_environnementale_de_la_Corse\"><\/span>Le souvenir du Scarlino Secundo dans l\u2019histoire environnementale de la Corse<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus de cinquante ans apr\u00e8s les faits, le Scarlino Secundo demeure pr\u00e9sent dans la m\u00e9moire de ceux qui racontent la lutte contre les boues rouges. Cet \u00e9pisode ne survit pas seulement parce qu\u2019il y eut un dynamitage. Il survit parce qu\u2019il condense une inqui\u00e9tude plus large : celle de voir la M\u00e9diterran\u00e9e subir des d\u00e9cisions industrielles prises loin des rivages directement touch\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette m\u00e9moire, les p\u00eacheurs occupent une place particuli\u00e8re. Leur rapport \u00e0 la mer est concret : une zone de p\u00eache n\u2019est pas une notion vague, mais un espace de travail, de transmission et de subsistance \u00e9conomique. Lorsque les rejets industriels deviennent un sujet de conversation sur les quais, dans les caf\u00e9s ou lors des r\u00e9unions publiques, ils atteignent une communaut\u00e9 dans ce qu\u2019elle a de plus quotidien.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le souvenir du Scarlino Secundo se transmet aussi par contraste. Les g\u00e9n\u00e9rations qui n\u2019ont pas connu 1973 entendent parler d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les informations circulaient moins vite, o\u00f9 l\u2019expertise environnementale \u00e9tait moins accessible, et o\u00f9 la parole des habitants paraissait peser peu face aux grands groupes industriels. Aujourd\u2019hui, les outils juridiques, la surveillance environnementale et l\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias ont \u00e9volu\u00e9. Cela ne signifie pas que les conflits ont disparu, mais les moyens de les documenter et de les contester ne sont plus les m\u00eames.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La comm\u00e9moration d\u2019un tel \u00e9v\u00e9nement historique doit donc rester sobre. Elle peut servir \u00e0 interroger la protection de la mer, la responsabilit\u00e9 des entreprises et l\u2019\u00e9coute accord\u00e9e aux territoires p\u00e9riph\u00e9riques. Elle ne doit pas faire de l\u2019attentat un mod\u00e8le d\u2019action. Le pass\u00e9 n\u2019est utile que s\u2019il permet de mieux identifier les m\u00e9canismes qui conduisent \u00e0 l\u2019impasse.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce que l\u2019affaire apprend encore aux lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re le\u00e7on est celle de la tra\u00e7abilit\u00e9. Face \u00e0 un rejet industriel, il faut savoir quel site produit les d\u00e9chets, quel navire les transporte, quelles autorisations existent et quelles autorit\u00e9s les contr\u00f4lent. En 1973, ce cha\u00eenage semblait opaque \u00e0 beaucoup d\u2019habitants. Le Scarlino Secundo, en devenant identifiable, a rendu cette m\u00e9canique visible.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me le\u00e7on concerne les formes de mobilisation. Les blocages, les manifestations et les campagnes d\u2019information font partie de l\u2019histoire des contestations environnementales. Ils permettent de cr\u00e9er un rapport de force public. Lorsque ce cadre est abandonn\u00e9 au profit de la clandestinit\u00e9, la cause se trouve expos\u00e9e \u00e0 une autre logique, judiciaire et s\u00e9curitaire, qui peut finir par recouvrir le probl\u00e8me initial.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me tient \u00e0 la m\u00e9moire elle-m\u00eame. Les d\u00e9clarations de Jean-Pierre Susini, publi\u00e9es apr\u00e8s des d\u00e9cennies de silence, rappellent que les archives ne sont jamais closes. Chaque t\u00e9moignage doit \u00eatre accueilli avec s\u00e9rieux, puis mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits. C\u2019est le seul moyen de distinguer ce qui rel\u00e8ve de la revendication, de la reconstruction personnelle et de l\u2019histoire v\u00e9rifiable.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour qui veut approfondir le sujet, le bon r\u00e9flexe consiste \u00e0 croiser les articles de presse contemporains, les \u00e9tudes consacr\u00e9es aux boues rouges, les archives des mobilisations insulaires et les t\u00e9moignages publi\u00e9s depuis. Cette m\u00e9thode est plus utile que les r\u00e9cits simplifi\u00e9s : elle rend \u00e0 la fois justice aux habitants mobilis\u00e9s et \u00e0 la gravit\u00e9 d\u2019un acte commis dans la clandestinit\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rep\u00e8re \u00e0 retenir est simple : derri\u00e8re le nom du Scarlino Secundo se trouvent une pollution contest\u00e9e, une soci\u00e9t\u00e9 insulaire en mouvement et une ligne franchie par l\u2019usage des explosifs. Aucun de ces trois \u00e9l\u00e9ments ne doit \u00eatre s\u00e9par\u00e9 des deux autres.<\/p>\n\n<script type=\"application\/ld+json\">\n{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@type\":\"FAQPage\",\"mainEntity\":[{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"Quu2019u00e9tait le Scarlino Secundo ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Le Scarlino Secundo u00e9tait un navire associu00e9 au transport de du00e9chets industriels issus de lu2019activitu00e9 de la sociu00e9tu00e9 italienne Montedison. 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Son nom est rest\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la controverse des boues rouges en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<h3>Quand le Scarlino Secundo a-t-il \u00e9t\u00e9 vis\u00e9 ?<\/h3>\n<p>Les r\u00e9cits disponibles situent l\u2019op\u00e9ration en septembre 1973, mais les sources cit\u00e9es ne concordent pas toutes sur la date exacte : le 13 ou le 15 septembre sont \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n<h3>Quel r\u00f4le Jean-Pierre Susini a-t-il revendiqu\u00e9 ?<\/h3>\n<p>Jean-Pierre Susini a d\u00e9clar\u00e9, plus de cinquante ans apr\u00e8s les faits, avoir particip\u00e9 avec un petit groupe au plasticage du navire dans la baie de Follonica.<\/p>\n<h3>Pourquoi les boues rouges ont-elles provoqu\u00e9 une telle mobilisation en Corse ?<\/h3>\n<p>Les habitants et p\u00eacheurs craignaient les effets des rejets industriels en mer. Le dossier est devenu un symbole de d\u00e9fense du littoral corse face \u00e0 des d\u00e9cisions industrielles et politiques per\u00e7ues comme ext\u00e9rieures.<\/p>\n<h3>Peut-on pr\u00e9senter cette action comme un geste \u00e9cologique ?<\/h3>\n<p>L\u2019affaire est li\u00e9e \u00e0 une mobilisation environnementale, mais l\u2019emploi d\u2019explosifs contre un navire constitue un attentat. Le contexte \u00e9cologique explique la col\u00e8re ; il ne retire rien \u00e0 la gravit\u00e9 de la violence politique employ\u00e9e.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nuit explosive o\u00f9 Jean-Pierre Susini a dynamit\u00e9 le Scarlino Secundo renvoie \u00e0 l\u2019un des \u00e9pisodes les plus marquants de la lutte contre les \u00ab fanghe rosse \u00bb, les boues rouges rejet\u00e9es en mer au large du Cap Corse au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. 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